Oui, le Dr Richard Marchand est doublement vacciné (Forum)

par Blake, lundi 20 septembre 2021, 19:25 (il y a 33 jours)

J’attrape le Dr Richard Marchand à son chalet, loin des rumeurs de la ville, alors qu’il fend du bois pour l’hiver. Il a pris mon appel pour une raison bien simple : il est au cœur d’une campagne de désinformation sur la vaccination orchestrée par des conspirationnistes qui lui font dire des choses…

Que le médecin et microbiologiste-infectiologue a bel et bien dites.

Mais qu’il a dites en février dernier.

Dans un contexte qui n’a rien à voir avec septembre 2021, qui n’a rien à voir avec un relais de l’entrevue mis en ligne le 8 septembre dernier sur YouTube et qui excite beaucoup les milieux conspirationnistes.

« Je suis désormais le roi scientifique des conspirationnistes, me dit-il, à la fois sarcastique et excédé. C’t’au boutte, hein ? »

J’ai enseigné l’immunologie pendant 15 ans, comment fabriquer des vaccins. Et là, je suis le roi scientifique des conspirationnistes…

Le Dr Richard Marchand, microbiologiste-infectiologue à l'Institut de cardiologie de Montréal

Le Dr Richard Marchand est devenu le « roi scientifique des conspirationnistes » parce qu’aux yeux de ceux qui relaient la version – raccourcie – de cette entrevue en version YouTube, le médecin justifie toutes leurs réticences à propos des vaccins anti-COVID-19.

Dans cette entrevue, le scientifique explique qu’il y a des angles morts à propos du vaccin. Il a été développé rapidement, il aurait été développé plus lentement hors pandémie. Des travailleurs de la santé, dit-il, attendent de voir les effets à long terme avant de décider s’ils se feront vacciner.

Paul Arcand lui a alors demandé si lui, le médecin et microbiologiste-infectiologue, était vacciné.

Réponse du médecin Marchand : non.

Le Dr Marchand déclare alors qu’il attend de voir les effets à long terme du vaccin, dans les pays où on commençait à l’utiliser.

Cette réponse de février 2021, et les bémols exprimés à l’époque par Richard Marchand, sont utilisés en septembre 2021 par les mouvances conspirationnistes pour jeter un doute sur l’utilité même de se faire vacciner, aujourd’hui.

La vidéo dont je vous parle, mise en ligne le 8 septembre, comptait dimanche plus de 160 000 vues.

« Je n’étais pas vacciné en février, me dit Richard Marchand. En avril, j’ai eu ma première dose. En juillet, j’ai eu ma deuxième dose, avec l’AstraZeneca, le vaccin que j’estime être le meilleur. Écoutez, il y a plus d’Anglais qui ont été vaccinés à l’AstraZeneca qu’on compte de Canadiens… »

Dans l’entrevue originale chez Paul Arcand – en février, je le répète –, Richard Marchand expliquait les doutes dans le personnel de la santé. Les choses ont changé, sept mois plus tard. Tout comme lui-même qui s’est fait vacciner, le personnel de l’Institut de cardiologie l’a été, massivement : « On ne compte plus que 10 % de non-vaccinés, dont certains ont de très bonnes raisons. »

Il juge que relayer en septembre 2021 une entrevue sans préciser qu’elle a été réalisée en février, sans donner un hyperlien vers la source originale, c’est de la désinformation : « C’est hors contexte, sans perspective. »

Sept mois plus tard, Richard Marchand juge utile de se faire vacciner. Il n’a aucun doute là-dessus.

« Les vaccins actuels nous ont permis de gagner du temps… Mais pas la guerre. Gagner du temps a été salutaire : on a sauvé des vies et on a évité dans nos hôpitaux un chaos comme ils l’ont vécu en Italie, dans la première vague, quand ils avaient tellement de malades qu’ils ne pouvaient plus soigner tout le monde. Au fur et à mesure qu’on avance, la double vaccination va empêcher les gens d’aboutir à l’hôpital. »

Mais Richard Marchand a quand même des bémols à apporter sur l’utilité – j’insiste sur le mot utilité qui n’est pas la même chose qu’efficacité – de la stratégie de vaccination au Québec, au Canada et ailleurs en Occident.

En voici trois :

« La vaccination inégalitaire, puisque les pays pauvres ne sont pas vaccinés au même rythme, favorise l’émergence de variants qui risquent de permettre de contourner les vaccins actuels. Une mutation peut tout changer. »

« Il ne faut pas tomber dans la pensée magique. Rappelez-vous comment le gouvernement, au printemps, disait qu’il fallait se faire vacciner pour être libérés, le 24 juin. On le savait que l’automne serait chaud. Il fallait le dire. »

« Le gouvernement néglige d’autres outils pour contrôler le virus, par exemple le déploiement de tests rapides – que nous utilisons à l’Institut – et une ventilation améliorée dans les lieux publics, comme les écoles. Le gouvernement se traîne les pieds sur ces deux fronts. »

Au bout du fil, Richard Marchand se désole de la polarisation actuelle. Il déplore que si on pose des questions, comme il l’a fait chez Paul Arcand en février, on risque d’être assimilé aux mouvances conspirationnistes…

Je lui soumets en tout respect que les conspirationnistes, eux, font semblant de poser des questions pour en arriver à la réponse qu’ils croient juste : que tout cela est du théâtre…

« Ce qui n’est pas le cas de scientifiques comme vous, Doc.

— Oui, leur démarche n’a rien de scientifique. »

Donc, voilà, le message est lancé : le Dr Richard Marchand, de l’Institut de cardiologie de Montréal, est dépité de voir ses propos de février utilisés en septembre dans une campagne de désinformation qui vise à miner les efforts de vaccination.

Il a été, depuis, doublement vacciné.

Et son espoir d’une sortie de crise repose sur… un autre vaccin.

« Je parlais à un ami au Congo : ils n’ont l’électricité que quelques heures par jour. Des pays n’ont pas de seringues, de fioles. Dans ce contexte, dans les pays en développement, on ne pourra pas vacciner assez vite. On aurait besoin d’un vaccin qui se prend par la bouche, qui n’a pas besoin d’être réfrigéré et qui peut être distribué partout dans le monde, rapidement, pour empêcher les mutations… Comme celui de la polio. »

https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2021-09-20/oui-le-dr-richard-marchand-est...


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